Depuis 2025, les ateliers Cyfac et Meral, basés à La Fuye, près de Tours, affrontent une période critique qui met en lumière les fragilités du secteur du vélo en France. Ces deux marques, emblématiques du savoir-faire artisanal français, ont vu leur situation se dégrader à mesure que le marché du vélo s’est brutalement retourné après l’euphorie post-Covid.
Il faut dire que l’année 2025 a marqué la fin du cycle de croissance du marché du vélo électrique et du vélo haut de gamme. Après plusieurs années de forte demande, les distributeurs et fabricants se sont retrouvés avec des stocks de vélos invendus. Les ventes ont chuté de 20 à 30 %, notamment sur le segment du vélo sur mesure et du vélo de route artisanal. Cyfac et Meral, positionnés sur ce créneau, ont été directement touchés.
Les prix des matières premières — acier, aluminium, carbone — ont continué d’augmenter, tout comme ceux de l’énergie et du transport. Pour des ateliers à faible volume et forte intensité de main-d’œuvre, la marge de manœuvre était quasi nulle. Les hausses de prix nécessaires pour préserver les marges ont freiné la demande, accentuant la crise du vélo made in France. Et ce n'est pas la situation géopolitique actuelle qui va arranger cette situation.
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Cyfac et Meral appartiennent à la Manufacture Française du Cycle (MFC), filiale du groupe Intersport. En 2025, MFC a engagé une réorganisation stratégique pour se concentrer sur la production de vélos électriques et de vélos de grande série. Les activités artisanales, jugées non prioritaires, ont été mises en vente. Cette décision a plongé Cyfac et Meral dans l’incertitude, faute de repreneur industriel identifié.
Les mois suivants ont vu s’accumuler les tensions financières : baisse des commandes, retards de paiement, et difficultés à maintenir les effectifs. Malgré la mobilisation des salariés et le soutien de la communauté cycliste française, les perspectives de redressement se sont amenuisées. Fin 2025, la recherche d’un repreneur pour Cyfac et Meral s’est intensifiée, sans aboutir à ce jour.
Et c'est tout un symbole du savoir-faire français qui est en péril car, au-delà des chiffres, la situation de Cyfac et Meral soulève une question bien plus large à savoir celle de la relance de l’industrie du vélo en France. Ces marques, qui ont bâti leur réputation sur la qualité, la personnalisation et la production locale, peinent à survivre dans un marché dominé par la production asiatique et la guerre des prix.
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En 2026, l’avenir de Cyfac et Meral reste plus que jamais suspendu à la capacité de trouver un investisseur français capable de conjuguer viabilité économique et préservation du patrimoine industriel. Car derrière ces cadres façonnés à la main, c’est tout un pan de l’excellence du vélo français qui risque de disparaître. Alors plus que jamais, il est indispensable de sauver le soldat Cyfac-Meral. De préserver ce savoir-faire inégalé qui fait la réputation des artisans français.