Vélo 100% Made in France : rêve industriel ou renaissance stratégique ?


Vélo 100% Made in France : rêve industriel ou renaissance stratégique ?

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Vélo 100% Made in France : rêve industriel ou renaissance stratégique ?

La filière du cycle française vit un moment charnière. Entre la flambée des coûts logistiques, la quête de souveraineté industrielle et l’appétit croissant des consommateurs pour le local, l’idée d’un vélo 100% Made in France séduit autant qu’elle interroge. Derrière le slogan, une question de fond : la France a-t-elle les moyens de produire, de bout en bout, un vélo national compétitif et crédible ? Là est toute la question.


Depuis la pandémie, le marché du vélo connaît une croissance soutenue. En 2025,  environ 2,65 millions d’unités ont été vendus en France soit une légère hausse d’environ 3 % par rapport à 2024. Pourtant, moins de 10% de ces vélos sont assemblés sur le territoire. Les cadres viennent d’Asie, les transmissions du Japon ou d’Italie, les freins d’Allemagne, les batteries de Chine. La dépendance est donc incontestablement structurelle.

Mais les lignes bougent. Des acteurs comme la Manufacture Française du Cycle (MFC) à Machecoul, Arcade Cycles à La Roche-sur-Yon ou encore Douze Cycles à Dijon réinvestissent dans l’assemblage et la conception. L’électrification, portée par des start-up comme Vebo, OZO ou Virvolt, redonne un souffle technologique à la filière. L’enjeu n’est plus seulement de visser des pièces importées, mais de reconstruire un écosystème industriel complet.

Le défi du 100% français

Fabriquer un vélo intégralement français suppose de maîtriser chaque maillon : cadre, roues, transmission, freins, selle, électronique, batterie. Or, la réalité industrielle actuelle montre des trous béants dans la chaîne.

Prenons l'exemple des cadres. Quelques ateliers comme Cyfac sur le point d'être repris après sa mise en liquidation judiciaire en 2026 [lire l'article], Caminade ou Victoire produisent artisanalement en acier, titane ou aluminium. Mais les volumes restent confidentiels. L’absence d’une filière carbone nationale limite la montée en gamme. Autre exemple, les roues et les jantes. Mavic, relancée à Annecy et qui peine à survivre malgré une reprise, incarne toutefois un savoir-faire historique. D’autres acteurs comme Asterion ou Duke maintiennent une production locale, mais souvent partielle.

Sans oublier les transmissions. C’est le talon d’Achille. Shimano, SRAM et Campagnolo dominent depuis des années le marché mondial. Aucun industriel français ne produit aujourd’hui de groupes complets. Idem pour les freins et les périphériques. Quelques niches existent, comme les freins Hope assemblés en Europe ou les composants Spécialités TA pour les plateaux. Mais la dépendance reste forte.

Quant à la société 1432, elle a l'ambition de s’attaquer au marché européen des composants, évalué à 2 milliards d’euros annuels [Lire l'article]. Elle propose pour l'heure des éléments de transmission (manivelles et pédaliers), et voudrait également produire potence, guidon, cockpit, tige de selle, ainsi que des jeux de direction, des gaines et câbles, et des cadres éco-conçus. La société se dit viser un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros d’ici 2028.


Enfin, l'électrification. Sur ce segment, la France retrouve une vraie carte à jouer. Des entreprises comme Vebo, Virvolt ou Valeo développent des motorisations et kits d’électrification conçus et produits localement. Une filière qui se développe au fil des années et qu'il faut encourager.  Une chose est sûre : le 100% Made in France n’est pas qu’un argument marketing. Il répond à des enjeux économiques et géopolitiques majeurs.

Vers un “Made in France réaliste et cohérent”

Entre  la souveraineté industrielle qui permet de réduire la dépendance asiatique et sécuriser les approvisionnements, la transition écologique dont l'action première est de limiter l’empreinte carbone liée au transport des composants ou encore l'innovation locale qui stimule la R&D et la montée en compétence des sous-traitants, nul doute qu'on peut se défaire de la dépendance de la mondialisation.
 
Sans omettre bien sûr la notion de valeur ajoutée capable de capter davantage de marges sur le territoire et renforcer l’emploi industriel. Mais soyons réaliste face à ce défi. Cette ambition suppose des investissements lourds, une coordination entre acteurs publics et privés, et une politique industrielle claire. Sans mutualisation des moyens, la filière restera morcelée.

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Plutôt qu’un 100% français utopique, la voie la plus crédible réside dans un “Made in France renforcé”.  Un vélo conçu, assemblé et majoritairement produit en France, intégrant des composants européens lorsque l’alternative nationale n’existe pas, n'est pas une uthopie. Cette approche pragmatique permettrait de bâtir une filière cohérente, compétitive et durable. Elle valoriserait le savoir-faire français sans tomber dans le piège du protectionnisme symbolique.

Alors oui, le vélo 100% Made in France n’est peut-être pas pour demain. Mais la reconstruction d’une filière souveraine, innovante et verte, elle, est déjà en marche. C'est un constat. Et c’est peut-être là que se joue la véritable révolution du cycle français. On ose y croire.


Henry Salamone / FRANCE SECRÈTE À VÉLO

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