Routes de campagne, routes mortelles : enquête sur les accidents de cyclistes


Routes de campagne, routes mortelles : enquête sur les accidents de cyclistes

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Routes de campagne, routes mortelles : enquête sur les accidents de cyclistes

Ils partent à l’aube, cap sur les petites départementales, là où le bitume ondule entre vignes, forêts et clochers. Le vélo de route, promesse d’évasion, cache pourtant une face sombre. Derrière les images d’Épinal, existe une réalité brute. Sans pitié. En 2024, la majorité des cyclistes tués sur les routes françaises l’ont été en milieu rural. Pourquoi la campagne, perçue comme refuge privilégiée, devient-elle zone rouge ? Enquête au cœur d’un paradoxe.


Sur le papier, quand on prépare une sortie, tout semble idyllique. On choisi des routes ayant peu de circulation, où les paysages peuvent prêter à la rêverie avec parfois une lumière rasante sur la chaussée. Bref, de quoi se faire plaisir et s’évader l’espace de quelques heures d’une actualité anxiogène. 

Oui mais voilà, la réalité est parfois tout autre. Les routes secondaires concentrent une accidentologie lourde. Clubs, pratiquants réguliers, cyclosportifs, le peloton s’est densifié. Plus de vélos, plus d’interactions… et donc, plus de risques.

Derrière cette montée en puissance du vélo de route se dessine une équation simple : des infrastructures pensées pour l’automobile, des vitesses élevées, et des cyclistes souvent livrés à eux-mêmes. 

2024, l’année où les chiffres ont parlé

Les données de l’ONISR dressent un constat sans appel. En effet, ce sont 262 cyclistes qui ont été tués, près de 60 % hors agglomération. En clair, la campagne n’est plus le sanctuaire des cyclistes que l’on imagine.

Si on regarde dans le détail, les causes se superposent avec une vitesse excessive (35%), des dépassements rasants (22%), une visibilité dégradée dans les courbes (18%), une inattention chronique (12%) et des chutes isolées sur des chaussées dégradées (13%).

Un cocktail dangereux, amplifié dans des régions où le cyclisme sportif est roi  comme en Bretagne, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie ou encore Nouvelle-Aquitaine. Là où le vélo est culture, le risque est aussi plus présent. Coups de klaxon, insultes, parfois pire. Les témoignages s’accumulent. 

La violence routière envers les cyclistes n’est plus marginale. Les associations réclament des sanctions plus lourdes et surtout appliquées. Sans exemplarité, pas de changement durable. A noter que les associations comme la FUB militent pour une application stricte du Code de la route et une formation à la cohabitation pour les conducteurs. 

Les pouvoirs publics en première ligne

Face au développement de la pratique du vélo, les pouvoirs publics avancent, mais à « petits braquets. » Avec le soutien de l’État, ils installent des panneaux de signalisation “Attention cyclistes” sur les routes fréquentées notamment par les clubs. Des bandes de sécurité et zones de dépassement interdites sont progressivement tracées sur les routes départementales à fort trafic cycliste. 

La Sécurité routière a diffusé plusieurs campagnes depuis 2022, dont “Partageons la route” et “1,5 mètre pour la vie”, diffusées à la radio, à la télévision et sur les réseaux sociaux. Des initiatives certes utiles, mais bien souvent dispersées. 

Les pouvoirs publics soutiennent également le développement de technologies de détection et de communication entre véhicules et cyclistes (systèmes V2X). Des expérimentations sont menées dans plusieurs départements pilotes pour tester des radars intelligents capables de repérer les dépassements dangereux et de cartographier les zones à risque.

Si les efforts sont réels, leur efficacité dépend encore largement de la coordination entre l’État, les collectivités et les acteurs du cyclisme. La sécurité des cyclistes en rase campagne reste donc un chantier prioritaire, mais encore inachevé. 

Quand la technologie tente de combler les vides

Les équipementiers ont bien compris tout l’enjeu. Eux, ils accélèrent. Casques intelligents, radars arrière, textiles lumineux, applications de prévention, le cycliste moderne devient un concentré d’électronique.

Bonne nouvelle en soi pour la protection individuelle. Mauvaise nouvelle si l’on en arrive à considérer que la survie dépend uniquement du matériel. La technologie aide, mais ne remplace pas une route pensée pour tous.

Dire que la sécurité du cycliste ne se gagnera pas uniquement avec des gadgets ou des slogans, n’est pas aller à l’encontre du progrès. Elle se gagnera par une révolution douce à savoir par le partage réel de l’espace, le respect, l’abaissement des vitesses et l’aménagements sobres mais efficaces des routes.

Le vélo incarne une mobilité d’avenir. Économique, écologique, populaire. Le paradoxe est cruel. Ce mode de déplacement vertueux reste l’un des plus exposés. Alors, ami(e)s automobilistes et autres usagers de l’asphalte, sur les routes de campagne, le cycliste ne demande pas un privilège. Non, juste le droit de rouler et de rester vivant. 


Henry Salamone / FRANCE SECRÈTE À VÉLO

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