Le paradoxe est cruel. Alors que la pratique du vélo n'a jamais été aussi populaire, que les pouvoirs publics multiplient les investissements dans les infrastructures cyclables et que la transition écologique fait du deux-roues un symbole de mobilité vertueuse, les acteurs industriels du secteur vacillent les uns après les autres.
La fin du cycle Covid a brutalement révélé les fragilités d'un modèle économique devenu insoutenable. Le surstockage massif, héritage d'une période où la demande semblait insatiable, pèse désormais comme une chape de plomb sur la trésorerie des entreprises. Les marges, déjà comprimées par une concurrence féroce, se réduisent comme peau de chagrin. Et la guerre tarifaire transatlantique vient achever un tableau déjà sombre.
Ce qui frappe dans cette débâcle, c'est qu'elle n'épargne personne. Même les marques dotées d'un véritable savoir-faire industriel, celles qui incarnent l'excellence technique et l'innovation, peinent à trouver un équilibre économique durable. ROTOR, avec ses plateaux ovales et ses pédaliers de précision, en est l'illustration parfaite : le talent ne suffit plus quand le marché se dérobe. Et derrière ce constat, ce sont 70 emplois qui sont en jeux.
Pour les cyclistes équipés de composants ROTOR, l'urgence est pragmatique avec cette question : comment sécuriser l'accès aux pièces détachées et aux services d'entretien avant qu'il ne soit trop tard ? La marque créée en 1994 à Ajalvir, dans la région de Madrid, promet de continuer à opérer normalement en attendant un hypothétique investisseur providentiel. Mais l'histoire récente nous enseigne que ces procédures débouchent rarement sur un happy end.
Mais au-delà du cas ROTOR (la marque a déposé le bilan en mars 2026), c'est toute une filière qui doit se réinventer. Car si le vélo est l'avenir de la mobilité, encore faut-il que ceux qui le fabriquent puissent en vivre. Et çà, c'est un gros problème qui est loin d'être résolu.