Le groupe Cyclable, spécialiste du vélo urbain et du vélo à assistance électrique, a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon. Dirigée par Carol Geismar, l’entreprise, qui s’était imposée comme l’un des acteurs majeurs de la mobilité douce en France, traverse une période de fortes turbulences financières. Cette procédure, ouverte fin mars, vise à permettre la poursuite de l’activité tout en recherchant des solutions de redressement ou de reprise.
Fondé en 2005, Cyclable s’est développé sur un modèle mixte associant magasins en propre et réseau de franchisés. L’enseigne compte aujourd’hui 82 points de vente en France dont 7 en Suisse, positionnée sur un segment premium du marché du vélo, avec une offre centrée sur les vélos électriques, cargos et de voyage.
La croissance rapide du marché du vélo depuis la pandémie avait dopé les ventes, mais la conjoncture s’est brutalement retournée en 2023. La baisse de la demande, la hausse des coûts logistiques et la saturation du marché ont fragilisé de nombreux acteurs du secteur.
Selon plusieurs sources proches du dossier, Cyclable aurait subi une tension de trésorerie liée à un stock important accumulé pendant la période de forte demande, combinée à un ralentissement des ventes et à des difficultés d’approvisionnement. Le groupe aurait également été affecté par la concurrence accrue de grandes enseignes généralistes et de pure players en ligne.
Le redressement judiciaire ouvre une période d’observation de six mois, renouvelable, durant laquelle l’entreprise poursuit son activité sous la supervision de l’administrateur judiciaire. L’objectif premier étant de préserver les emplois et de trouver un repreneur ou un plan de continuation.
Pour les salariés du siège et des magasins intégrés, la priorité est de maintenir la continuité de l’exploitation, notamment à l’approche de la saison printanière, cruciale pour les ventes de vélos.
Quant aux 42 franchisés Cyclable, juridiquement indépendants, ils ne sont pas directement concernés par la procédure, mais la situation du franchiseur soulève de nombreuses inquiétudes. Le réseau repose sur la fourniture de produits, le marketing commun et le support technique du siège. Une fragilisation de la tête de réseau pourrait donc impacter la logistique, les conditions d’achat et la visibilité de la marque.
D'autre part, certains franchisés redoutent une rupture d’approvisionnement ou une perte de confiance des clients. D’autres s’interrogent sur la pérennité du contrat de franchise et sur la valeur de la marque en cas de reprise par un nouvel investisseur.
« Le modèle de franchise repose sur la solidité du franchiseur. Si celui-ci vacille, c’est tout l’écosystème qui est fragilisé », analyse un consultant spécialisé dans la distribution spécialisée.
La situation de Cyclable illustre bien les tensions qui traversent le marché du vélo, après plusieurs années d’euphorie. Les ventes de VAE ont reculé de près de 10 % en 2023 selon l’Union Sport & Cycle, tandis que les stocks restent élevés. Plusieurs enseignes, notamment dans la distribution spécialisée, cherchent à se restructurer ou à fusionner pour atteindre une taille critique.
Pour Cyclable, l’enjeu est désormais de retrouver un équilibre financier et de rassurer son réseau. Le tribunal devrait examiner les premières propositions de redressement dans les prochaines semaines. Le sort du groupe, et celui de ses franchisés, dépendra de la capacité à convaincre investisseurs et fournisseurs que la marque conserve un potentiel sur un marché en pleine recomposition.