Dans l’univers du two-wheels, l’affaire Accell équivaut ni plus ni moins à s'élancer dans une pente raide sans frein. Le géant derrière Lapierre, Haibike, Winora ou Raleigh est engagé dans une spirale financière très dangereuse, même pour un mastodonte européen. Le Financial Times évoque des créanciers qui s’arment pour une nouvelle renégociation de dette, signe que le terrain est encore plus glissant... qu’anticipé.
La dette dite « super senior » de 274 M€ normalement sensée être la plus solide, ne vaut plus qu’environ 0,20 € par euro, et les dettes subordonnées se troquent à quelques centimes. Certains analystes diront que « c’est une signalétique rouge sur le tableau de bord financier. » Sur le marché du vélo où la demande a chuté depuis la fin du boom post-pandémie, cette dévalorisation indique clairement une confiance des marchés en berne.
Économiquement, c’est un brutal rappel que même les leaders peuvent perdre gros. Après une recapitalisation en 2025 qui avait allégé le fardeau de la dette (~800 M€) et apporté de la liquidité, les résultats actuels montrent qu’un plan financier seul ne suffit pas à compenser la faiblesse structurelle de la demande, des stocks qui plombent la trésorerie et des marges sous pression.
Pour prendre une image cycliste, dans le peloton des entreprises du cycle, certains peuvent souffler, Accell, lui, est clairement en mode contre-la-montre. Si une injection de capital frais ou une vente stratégique n’ouvrent pas une voie vers la reprise, on pourrait voir alors la marque ralentir, ou pire, amorcer une procédure d’insolvabilité.
Pour les acteurs du tourisme et de la filière, c’est véritablement une onde de choc. Pour eux, « un géant qui vacille remet en question des chaînes d’approvisionnement, des services après-vente et la confiance des distributeurs. » Plus qu’une simple tempête comptable, c’est un signal d’alarme pour repenser la résilience du marché du vélo européen face aux cycles économiques durs et aux bulles de demande.
Face à ce mur financier, Accell n’est pas encore à l’arrêt complet. Plusieurs options sont sur la table pour éviter la chute définitive. D’abord, une nouvelle restructuration de dette, plus profonde, avec abandon partiel de créances. C'est douloureux pour les fonds, mais parfois salutaire pour relancer la machine. Ensuite, la piste d’une entrée de nouveaux investisseurs ou d’un renforcement des actionnaires actuels, à condition d’accepter une dilution sévère. C'est le prix à payer pour rester et espérer garder la tête hors de l'eau.
Autre levier : le délestage d’actifs. Certaines marques ou activités périphériques pourraient être sacrifiées pour sauver le cœur du groupe. Certes, une stratégie classique, mais qui demeure risquée. Enfin, Accell peut encore miser sur une reconcentration industrielle, moins de volumes, plus de valeur, en misant sur l’électrique, l’usage utilitaire et le vélo du quotidien. Des axes où le tourisme à vélo et les mobilités douces continuent de rouler et ce, malgré le vent économique peu favorable.
Dans toutes ces options, il existe un fil rouge : préserver l’essentiel (marques fortes, capacité d’innovation, présence commerciale) tout en allégeant la dette et les coûts structurels. Pour faire une comparaison avec la gestion d'une équipe cycliste à la recherche d'un second souffle, je dirais qu'économiquement, cela ressemble à un effort de pédalage long et soutenu sur la route tout en évitant de courir inutilement derrière les échappés, et d'adopter plutôt une gestion de l’effort pour rester « dans la roue » du marché sans exploser.
Aujourd'hui la question n’est plus seulement de savoir si Accell passera 2026 voire 2027, mais à quel prix social et industriel le groupe devra faire face tout en se posant la question si cette restructuration suffira à ranimer la flamme d’un marché qui doit incontestablement se réinventer, loin des sommets artificiels de la pandémie. Un sacré pari !
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