Derrière la décision judiciaire, un enjeu immédiat : éviter la disparition pure et simple d’un savoir-faire [Lire l'article] et remettre en route une activité fragilisée, dans un marché du cycle redevenu nettement plus exigeant. La validation par le tribunal acte une cession dans un cadre judiciaire, où la priorité est la continuité d’exploitation et la crédibilité du plan de relance. Le jugement entérine donc l’offre de *CMT Bike, jugée la plus à même de porter un redémarrage opérationnel.
Toutefois, et il est important à le mentionner, CMT Bike n'est pas actionnaire de la Société Nouvelle Cyfac, créée pour la reprise de CYFAC International suite au jugement du tribunal de commerce de Tours du 13 avril dernier. Cette nouvelle société a été constituée entre la SAS COLIBRI et la SAS Stéphane Martin Immobilier. COLIBRI étant la holding personnelle de Jean-Pierre Ramoul, qui détient CMT Bike par son intermédiaire.
Une reprise rendue possible grâce à l'expertise reconnue de Jean-Pierre Ramoul et à son expérience réussie dans la reprise de CMT Bike. Mais c'est surtout le soutien financier conséquent qui a été déterminant. En effet, Frédéric Motte (20%) et Stéphane Martin Immobilier (80%) ont apporté plusieurs centaines de milliers d'euros.Â
Reste que la reprise se fait avec une équipe réduite avec seulement 6 salariés repris sur 11. Un signal de la tension économique du dossier, mais aussi de la volonté de repartir sur une structure plus légère, capable de retrouver rapidement un point d’équilibre.
La reprise intervient alors que l’industrie du vélo traverse une phase de consolidation. Après la période de pénuries et de carnets de commandes saturés, le secteur fait face à une normalisation de la demande, à des arbitrages de consommation plus durs et surtout à une pression accrue sur les prix.
Pour les acteurs premium, l’équation reste viable et ce, à condition d’être irréprochables sur l’exécution que se soit sur la qualité, les délais, la disponibilité des composants et le service. Dans ce contexte, la reprise de Cyfac ressemble moins à une opération opportuniste qu’à un pari industriel. Il faut avant tout remettre de la visibilité dans la production et restaurer la confiance des clients et partenaires.
Avec cette reprise, CMT Bike hérite d’un double défi. D’abord, un défi très concret de redémarrage : sécuriser les approvisionnements, remettre la chaîne de production en cadence, clarifier le traitement des commandes en cours et stabiliser la trésorerie.
Ensuite, un défi de marque à savoir Cyfac évolue sur un segment où l’image, la qualité perçue et la régularité de livraison comptent autant que la performance produit. La relance passera donc par une stratégie lisible (gamme, canaux de vente, positionnement...) et par une capacité à tenir une promesse simple : Cyfac continue, et livre.
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J'ai le sentiment du devoir accompli parce que jusqu'au bout je me suis battu pour qu'il y ait une solution [...] Je reste toutefois à la disposition des repreneurs si besoin. J'ai confiance dans l'homme qui est derrière CMT Bike. Aymeric Le Brun, ancien gérant de Cyfac
La reprise validée à Tours ouvre une nouvelle séquence pour Cyfac. Mais dans un marché qui ne pardonne plus les retards ni les fragilités financières, le succès se jouera sur des indicateurs très concrets : cadence, qualité, délais… et cash. Mais nul doute que malgré tous les défis à relever, CMT bike aura à coeur de maintenir Cyfac en haut de l'affiche des artisans qui ne négocient pas sur la qualité. Quant au showroom installé à Tours et le site de fabrication à Hommes ces derniers vont fermer.
*CMT Bike (Cycle Matériaux et Technologie), fondée en 2000, est un fabricant français du vélo premium spécialisé dans les cadres et vélos en titane, fabriqués en France (atelier en Haute‑Savoie) et vendus en standard ou sur‑mesure.