Filière cycle. La fin de l’euphorie, l’heure du tri


Filière cycle. La fin de l’euphorie, l’heure du tri

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Article N°29407

Filière cycle. La fin de l’euphorie, l’heure du tri

Après l’emballement post-Covid, le marché du vélo entre dans une phase de reflux. Rentrée 2026/2027, chute du neuf, essor de l’après-vente : la filière doit désormais miser sur les services, l’usage et la durée de vie pour éviter la casse.


Le cycle français ne peut plus se raconter d’histoires où se regarder le nombril. En 2025, chiffres à l’appui, le marché pèse 3,11 milliards d’euros. Mais il se contracte, encore : -4,8% en 2025, après -5,9% en 2024. Une double marche arrière. Une purge après l’euphorie post-Covid, les surstocks et la course aux prix.

Les volumes suivent la même pente. 1,836million de vélos neufs ont été vendus en 2025, soit -6% sur un an. Ce n’est pas un simple trou d’air. C’est un changement de cycle, au sens économique du terme. La demande s’étire, l’arbitrage se durcit, le consommateur attend.

Le VAE cale, le client diffère

Le signal le plus net vient de l’électrique. Le VAE, longtemps locomotive de la montée en valeur, recule de -16%. Trop cher. Trop d’offres promo qui banalisent le prix barré. Trop d’incertitudes sur les aides, et trop de ménages qui choisissent de faire durer plutôt que de remplacer. Résultat, l’achat se reporte. Vers l’entretien, la réparation, l’occasion. Vers une logique de coût total, pas de coup de cœur. Le marché ne s’effondre pas. Il se recompose tout simplement.

Dans ce paysage, les chiffres qui montent sont ceux de l’après-vente et de la circularité. La réparation progresse de 10,5% et atteint 128 millions d’euros. La seconde main gagne 14%. Traduction de ces données : le centre de gravité se déplace du neuf vers le service, la remise en état, la confiance et la garantie.

La valeur migre vers la durée de vie

Idem côté industriel. Le frémissement est là. La production française augmente de 3,4% pour atteindre 512 000 vélos. Mieux. Mais insuffisant si l’offre reste indistincte et si les achats continuent d’être pilotés par la peur du stock plutôt que par l’usage réel.

Deux segments font figure de poches d’oxygène. D’un côté, le gravel qui affiche 75000 unités et +18%. Polyvalent, désirable, compatible avec le tourisme et les loisirs. De l’autre, les vélos enfants qui progressent de 2%. Un signal certes discret, mais précieux, car il dit quelque chose du renouvellement des pratiques.

Une rentrée 2026 / 2027 sous haute surveillance

La prochaine rentrée ne ressemblera pas à une relance spectaculaire. Loin de là. Elle ressemblera à une sélection. Les gagnants ne seront pas ceux qui poussent du carton. Ce seront ceux qui captent la valeur après la vente : disponibilité atelier, pièces, garantie, reconditionnement, location, financement, contrats entreprises.

Le B2B, justement, reste une promesse mal exploitée. Le leasing employeur pèse 55 000 vélos en France, contre 2,2 millions en Allemagne. L’écart n’est pas culturel. Il est organisationnel avec l’offre RH, la fiscalité, les réseaux de maintenance, l’assurance, les outils de gestion. Celui qui industrialise ce package crée des revenus récurrents et une relation client durable.

Niches à activer pour enrayer la chute

La croissance ne viendra pas d’un seul nouveau produit miracle. Elle viendra d’un portefeuille de niches, chacune rentable si elle est exécutée avec méthode.

  • Réparation et pièces détachées. L’atelier comme centre de profit, et comme preuve de promesse.

  • Seconde main certifiée. Reconditionnement, traçabilité, garantie... l’occasion devient un produit.

  • Location longue durée et leasing salarié. Une réponse directe au frein du prix d’achat.

  • Gravel et vélo de voyage. Usages loisirs, tourisme, aspirationnel qui devraient être moins dépendants de l’achat utilitaire.

  • Cargo et logistique urbaine. Certes encore modeste, mais tirée par les ZFE, le dernier kilomètre et les acteurs pros.

  • Électrification légère / retrofit. Prolonger la vie : kits, batteries réparables, conversions encadrées.

  • Services B2B. Flottes, maintenance sur site, assurance, et solutions digitales de pilotage.

Dans cette grille de lecture, la question n’est plus combien de vélos vendus mais combien d’usages sécurisés ?. Le neuf ne disparaît pas. Aujourd’hui, Il se justifie. Il doit apporter du différenciant, sinon il sera absorbé par la promo, l’occasion et l’attentisme.
 

La filière doit s'adapter pour mieux rebondir

Le vélo ne recule pas. C’est le modèle Covid qui se dégonfle. Alors oui, la filière subit un net recul. Les chiffres sont là pour le confirmer. Mais ce recul n’est pas une condamnation. C’est tout simplement la fin d’un modèle. Acheter vite, cher, électrique, souvent suréquipé, puis espérer que la demande suivra indéfiniment. Nul doute que la rentrée 2026/2027 sera celle des entreprises capables de vendre autre chose qu’un cadre et une batterie. Vendre par exemple de la tranquillité d’usage. C'est important.

D’après ce que j’ai vu, lu et entendu, l’avenir se jouera sur l’entretien, le reconditionné, la location, les flottes et les usages professionnels. Pas sur la seule vente de vélos neufs devenue au fil des mois, un acte d’achat de plus en plus hors de portée de bon nombre de cyclistes.
Henry Salamone / Francesecreteavelo.com

*Données chiffrées. Source : unionsportcycle.com et via-id.com


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